Guide · Famille & Succession

Le rapport fiscal des donations à la succession

Une donation n'est jamais totalement oubliée au décès. Pendant quinze ans, elle continue de peser sur le calcul des droits de succession du bénéficiaire. Comprendre ce rappel est la clé du calendrier de transmission.

1. Le principe

L'article 784 du CGI impose au bénéficiaire d'une libéralité de déclarer les donations antérieures reçues du même donateur. Au décès, ces donations sont réunies fictivement à la part successorale pour déterminer :

  • le reliquat d'abattement encore disponible ;
  • les tranches du barème dans lesquelles la part taxable se situe.

Les droits déjà acquittés lors de la donation ne sont ni remboursés, ni imputés : la donation ancienne « consomme » simplement l'abattement et pousse la succession vers les tranches supérieures.

2. Le délai de quinze ans

Le rappel ne concerne que les donations de moins de quinze ans, computées de date à date entre l'acte de donation et le décès. Passé ce délai, la donation est fiscalement effacée : l'abattement redevient intégralement disponible et le barème repart de la première tranche.

D'où l'intérêt de donner tôt et de séquencer les transmissions. Voir la fiscalité des donations et planifier sa succession.

3. Ce qui est rapportable

LibéralitéTraitement fiscal
Donation notariée (simple, partage, entre époux)Rapportable si moins de 15 ans
Don manuel déclaré ou révéléRapportable si moins de 15 ans
Don familial de sommes d'argent (art. 790 G)Non rapportable
Présents d'usage proportionnésHors champ des droits
Donation de nue-propriétéRapportable pour la valeur taxée à l'époque
Capitaux d'assurance-vieHors rapport (régimes 990 I / 757 B)

Les dons familiaux de sommes d'argent échappent au rappel : ils constituent une enveloppe autonome. Les capitaux d' assurance-vie relèvent de régimes propres, hors droits de succession de droit commun.

4. La valeur retenue

Le rapport fiscal retient la valeur déclarée au jour de la donation. La plus-value ultérieure du bien est donc indifférente. C'est une différence majeure avec le rapport civil, qui retient en principe la valeur au jour du partage d'après l'état du bien au jour de la donation.

En cas de donation de nue-propriété, seule la valeur taxée à l'époque est rappelée ; l'extinction de l'usufruit au décès n'ouvre aucun droit supplémentaire.

5. Exemple chiffré

Un parent donne 100 000 € à son enfant. Abattement consommé en totalité, aucun droit.

  • Décès huit ans plus tard : la donation est rappelée. La part successorale de l'enfant est taxée dès le premier euro, sans abattement, et les tranches sont calculées comme si la donation s'y ajoutait.
  • Décès seize ans plus tard : la donation est effacée. L'enfant retrouve un abattement plein de 100 000 € et un barème qui repart à 5 %.

Sur un patrimoine familial de plusieurs centaines de milliers d'euros, l'écart d'imposition entre ces deux scénarios se compte souvent en dizaines de milliers d'euros.

6. Fiscal et civil : ne pas confondre

  • Rapport fiscal : limité à quinze ans, valeur au jour de la donation, sert au calcul des droits.
  • Rapport civil : sans limite de durée, valeur au jour du partage, sert à l'égalité entre héritiers et au contrôle de la réserve héréditaire.

Une donation peut donc être fiscalement oubliée mais civilement rapportable — et inversement. Voir l' impact civil des donations lors du règlement d'une succession et la distinction avancement de part / hors part.

Souhaitez-vous vérifier l'effet de vos donations passées sur votre succession ?

Document d'information générale — il ne se substitue pas à un conseil personnalisé, qui suppose l'examen de votre situation particulière.