Guide · Gestion de patrimoine

La fiscalité de l'assurance-vie.

L'assurance-vie demeure le placement préféré des Français, autant pour sa souplesse que pour son régime fiscal privilégié. Sa fiscalité se lit sur deux plans distincts : celle des rachats du vivant du souscripteur, et celle du capital transmis au décès, qui obéit à des règles propres, largement détachées du droit des successions.

1. La fiscalité des rachats

Tant que le contrat n'est pas racheté, il n'y a aucune imposition. En cas de rachat, partiel ou total, seule la fraction de gains comprise dans le retrait est taxée, au prorata du capital retiré.

Avant huit ans. Les gains supportent le prélèvement forfaitaire unique de 12,8 %, outre 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 30 %. Le souscripteur peut opter pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu si celui-ci lui est plus favorable.

Après huit ans. Un abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune, s'applique sur les gains. Au-delà, le taux est de 7,5 % pour la part correspondant à des primes n'excédant pas 150 000 € d'encours, et de 12,8 % au-delà, toujours augmenté des prélèvements sociaux de 17,2 %.

Certains événements — licenciement, invalidité, liquidation judiciaire, mise à la retraite anticipée — permettent une exonération d'impôt sur le revenu des gains, les prélèvements sociaux restant dus.

2. La fiscalité au décès du souscripteur

Le régime dépend de l'âge du souscripteur à la date de versement des primes, et non de son âge au décès ni de la date d'ouverture du contrat.

SituationRégime applicable
Primes versées avant 70 ans (article 990 I du CGI)Abattement de 152 500 € par bénéficiaire, tous contrats confondus. Au-delà : 20 % jusqu'à 700 000 € de part taxable, puis 31,25 %.
Primes versées après 70 ans (article 757 B du CGI)Abattement global de 30 500 € tous bénéficiaires et tous contrats confondus, portant sur les seules primes versées. L'excédent est soumis aux droits de succession selon le lien de parenté. Les intérêts et plus-values restent exonérés.
Conjoint survivant ou partenaire de PACSExonération totale, quel que soit l'âge aux versements (loi TEPA). Frères et sœurs exonérés sous les conditions de l'article 796-0 ter du CGI.

3. Hors succession, mais sous surveillance

Le capital décès est versé directement au bénéficiaire désigné : il ne fait pas partie de la succession civile et échappe donc, en principe, aux règles de la réserve héréditaire et du rapport.

Cette règle connaît une limite importante : lorsque les primes versées sont manifestement exagérées au regard de l'âge, des revenus, du patrimoine et de la situation familiale du souscripteur, les héritiers peuvent en demander la réintégration à la succession. L'appréciation est faite au cas par cas par les tribunaux, au jour de chaque versement.

4. La clause bénéficiaire, pièce maîtresse

La rédaction de la clause bénéficiaire commande l'ensemble du dispositif. Une clause standard, reprise du bulletin d'adhésion, s'avère souvent inadaptée : elle ignore les recompositions familiales, les enfants mineurs, la protection du conjoint, ou la volonté de démembrer le capital entre usufruitier et nus-propriétaires.

Une clause bénéficiaire peut être déposée chez le notaire et inscrite au Fichier central des dispositions de dernières volontés, ce qui garantit sa conservation et sa découverte au décès. Le démembrement de la clause — usufruit au conjoint, nue-propriété aux enfants — permet de protéger le survivant tout en transmettant, chaque bénéficiaire disposant d'une fraction de l'abattement au prorata de ses droits.

5. Le rôle du notaire

L'assurance-vie ne se conçoit pas isolément : elle s'articule avec le régime matrimonial, les donations antérieures, le testament et, le cas échéant, la dimension internationale du patrimoine. Le notaire vérifie la cohérence de l'ensemble, rédige la clause bénéficiaire, et éclaire l'arbitrage entre versements avant et après 70 ans.

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