Le testament.
Établir un testament, c'est prendre en main l'organisation de sa propre succession en choisissant soi-même les personnes qui recueilleront ses biens, et lesquels. Réserver un bien précis à une personne, mettre un proche à l'abri, soutenir une association ou gratifier un ami qui n'aurait autrement aucun droit : le testament offre une grande liberté, encadrée par la réserve héréditaire.
1. Pourquoi rédiger un testament
Sans testament, les biens du défunt reviennent à ses héritiers dans un ordre fixé par la loi. Le testament permet au contraire une organisation entièrement adaptée à votre situation. Les personnes gratifiées portent le nom de « légataires » ; ce qui leur est attribué constitue un « legs ».
- Un formalisme réduit.
- La confidentialité : le notaire conserve votre testament dans la plus stricte discrétion ; son contenu n'est révélé qu'après votre décès.
- La faculté de le modifier ou de l'annuler à tout moment.
- La souplesse : jusqu'à votre décès, vous conservez la libre disposition des biens légués.
Le testament est une disposition à cause de mort : il ne produit ses effets qu'au décès de son auteur.
2. Qui peut tester, qui peut recevoir
Toute personne saine d'esprit peut rédiger un testament, quelle que soit sa nationalité. Une personne sous curatelle conserve cette faculté ; une personne sous tutelle peut tester avec l'autorisation du conseil de famille ou du juge des tutelles. Le mineur peut tester dès 16 ans, dans la limite de la moitié de ses biens.
Un testament n'est valable que s'il émane d'une seule personne et porte sa seule signature : le testament conjonctif, signé à plusieurs, est nul, y compris entre époux.
Toute personne physique peut recevoir un legs, comme une personne morale (association, fondation, commune, établissement hospitalier). Désignez vos légataires sous leur dénomination exacte et prévoyez un bénéficiaire de second rang au cas où le premier décéderait avant vous ou refuserait le legs.
Contrairement à une idée répandue, le partenaire de PACS survivant n'hérite pas : un testament en sa faveur est indispensable.
3. Les formes de testament
- Le testament olographe — intégralement écrit, daté et signé de la main de son auteur. Si l'une de ces trois exigences fait défaut, il est nul. Un testament dactylographié est sans valeur.
- Le testament authentique — reçu par le notaire, qui l'écrit sous la dictée du testateur en présence de deux témoins ou d'un second notaire. Il s'impose lorsque le testateur ne peut écrire, ou lorsqu'un époux entend priver son conjoint du droit viager sur le logement familial. Il est recommandé en cas de risque de contestation, sa force probante le rendant pratiquement incontestable, et dispense le légataire de l'envoi en possession en l'absence d'héritiers réservataires.
- Le testament international — reconnu en France et dans les États parties à la Convention de Washington du 26 octobre 1973. Rédigé dans la langue de son choix, il est présenté devant deux témoins et un notaire, qui dresse une attestation de conformité.
4. Où déposer son testament
La question ne se pose pas pour le testament authentique, que le notaire conserve lui-même. Un testament olographe gardé à domicile risque d'être égaré ou détruit — et donc de ne jamais être exécuté. Il est recommandé de le confier à un notaire, qui l'inscrira au Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés (FCDDV). Cette inscription révèle uniquement l'existence d'un testament, jamais son contenu.
5. Que mettre dans son testament
- Le legs universel — l'ensemble de vos biens à une ou plusieurs personnes. Le légataire universel qui accepte répond des dettes de la succession.
- Le legs à titre universel — une fraction de vos biens ; le légataire supporte les dettes à proportion de ce qu'il reçoit.
- Le legs particulier — un ou plusieurs biens déterminés ; le légataire particulier n'est pas tenu des dettes. Le testament peut prévoir que ce legs sera délivré net de frais et droits.
- Les legs avec charges et conditions — par exemple un legs à charge de veiller sur un proche, ou un legs à un musée à charge d'exposer l'œuvre. Le légataire qui ne respecte pas la charge peut être privé de son legs.
- Les clauses d'inaliénabilité — elles interdisent la revente du bien légué ; elles doivent être limitées dans le temps et justifiées par un intérêt sérieux et légitime.
- La désignation d'un exécuteur testamentaire — chargé de veiller au respect de vos volontés et de prendre les mesures conservatoires utiles.
6. Réserve héréditaire et quotité disponible
Le testateur ne dispose pas d'une liberté absolue : la loi réserve aux héritiers réservataires — les descendants et, en leur absence, le conjoint survivant — une fraction minimale de la succession. Vous ne pouvez léguer à d'autres que la « quotité disponible ». Il n'est donc jamais possible de déshériter entièrement ses héritiers réservataires, sauf consentement exprès de ceux-ci devant notaire. Le conjoint survivant peut, lui aussi, être avantagé par une donation au dernier vivant ou par testament.
7. Modifier ou révoquer son testament
Le testament est librement révocable jusqu'au dernier jour : vous pouvez le modifier, le compléter par un nouveau testament ou l'annuler à tout moment. Il est vivement conseillé de le relire après chaque événement familial ou patrimonial significatif — mariage, divorce, naissance, acquisition, installation à l'étranger — et d'en parler à votre notaire, qui s'assurera que vos volontés pourront être respectées et mises en œuvre sans difficulté.
Vous souhaitez rédiger ou revoir votre testament ?
Document d'information générale — il ne se substitue pas à un conseil personnalisé, qui suppose l'examen de votre situation particulière.
