Guide · International

Planification successorale internationale.

Anticiper la transmission d'un patrimoine réparti sur plusieurs pays, c'est choisir le cadre juridique et fiscal plutôt que le subir. Ce guide présente les leviers d'une planification successorale internationale : choix de loi applicable, testament, régime matrimonial, structures de détention et calendrier fiscal.

1. Les enjeux d'une transmission transfrontalière

Un patrimoine international expose à trois risques : le conflit de lois civiles, la double imposition et le blocage pratique des actifs pendant plusieurs années. Une famille dont un enfant réside aux États-Unis, dont la résidence principale est en France et qui détient un bien locatif en Espagne relève simultanément de trois systèmes.

La planification consiste à arbitrer entre ces systèmes, à documenter les choix effectués et à garantir que les intentions du disposant seront exécutables dans chaque juridiction concernée.

2. Choisir la loi applicable à sa succession

Le règlement européen n° 650/2012 autorise chacun à désigner, par disposition testamentaire, la loi de l'État dont il a la nationalité — la professio juris. Ce choix évite qu'un simple changement de résidence ne bouleverse l'équilibre familial voulu.

Deux usages typiques : le Français expatrié qui souhaite conserver la réserve héréditaire pour protéger ses enfants ; ou, à l'inverse, le binational qui privilégie une loi plus libérale pour organiser une transmission différenciée. Le droit de prélèvement compensatoire de l'article 913 du Code civil doit toutefois être intégré à l'analyse.

3. Testament et dispositions de dernières volontés

  • Forme : la Convention de La Haye du 5 octobre 1961 assure une reconnaissance formelle très large ; le testament authentique reste le plus sûr en contexte international.
  • Testaments multiples : plusieurs testaments nationaux coordonnés sont parfois préférables, à condition d'exclure expressément toute révocation croisée involontaire.
  • Legs et exécuteur : la désignation d'un exécuteur testamentaire facilite l'exécution dans les juridictions de common law.
  • Inscription au fichier central des dispositions de dernières volontés et, lorsque cela existe, aux registres étrangers.

4. Régime matrimonial : le socle oublié

Avant de partager une succession, il faut liquider le régime matrimonial. Le règlement européen n° 2016/1103 permet aux époux de choisir la loi applicable à leur régime. Un couple marié sans contrat puis expatrié peut découvrir, des décennies plus tard, que son régime a muté au fil des résidences.

Un changement de régime, l'adjonction d'une clause de préciput ou l'adoption d'une participation aux acquêts sont des outils de transmission à part entière, souvent plus efficaces qu'une donation tardive.

5. Structures de détention

Société civile immobilière, société holding, démembrement de propriété, pacte Dutreil pour les titres d'entreprise : chaque structure produit des effets différents selon les États. Une SCI détenant un bien espagnol, une limited company anglaise ou un trust anglo-saxon ne sont pas traités de la même façon par l'administration fiscale française.

L'analyse porte toujours sur trois plans simultanés : la qualification civile, le traitement fiscal dans chaque État et les obligations déclaratives associées (formulaires 2181, 3916, déclaration de trust).

6. Le calendrier : anticiper de plusieurs années

  • Avant une expatriation : arbitrer les cessions, purger les plus-values, sécuriser la loi applicable.
  • Avant une acquisition immobilière à l'étranger : choisir le mode de détention en amont.
  • Tous les quinze ans : renouveler les abattements de donation en ligne directe.
  • À chaque changement familial ou de résidence : réviser l'ensemble du dispositif.

Vous souhaitez organiser la transmission d'un patrimoine international ?